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Le radon : ce gaz qu'on ne voit pas et qu'on mesure

Le radon ne se devine pas et ne se transmet pas d'une maison à l'autre : ligne directrice de 200 Bq/m³, dosimètre de 91 jours posé en hiver, seuils d'action de Santé Canada et lecture des résultats avant de lever les conditions d'une promesse d'achat.

Deux maisons voisines, deux résultats différents

La ligne directrice canadienne fixe la limite à 200 becquerels par mètre cube, et aucun signe visible ne permet de savoir où une maison se situe : le radon échappe à l'odorat, à la vue et aux appareils domestiques ordinaires. Deux propriétés voisines, bâties la même année sur le même roc, peuvent afficher des résultats éloignés — tout dépend des fissures de la dalle, du raccordement du puisard, de l'étanchéité entre le socle et la superstructure. La seule donnée qui vaille pour une adresse, c'est sa propre mesure.

Le radon arrive au second rang des causes de cancer du poumon, derrière le tabac, et le risque se construit sur des années d'exposition répétée dans les pièces les plus basses. Une chambre aménagée au sous-sol multiplie le temps passé au niveau le plus concentré ; un bureau au rez-de-chaussée sur dalle coulée l'expose huit heures par jour ouvrable. La mesure sert précisément à cela : savoir si la pièce où l'on dort vraiment, et pas celle d'un voisin, dépasse la ligne directrice.

Le dosimètre de longue durée : trois mois, pas trois jours

La mesure de référence dure au moins 91 jours : un dosimètre à traces alpha demeure en place un plein trimestre, idéalement d'octobre à avril, quand la maison vit fenêtres fermées et chauffage en marche. Ces conditions dites de maison fermée reproduisent le scénario le plus défavorable — l'effet de tirage tire l'air du sol vers l'intérieur. Le laboratoire qui analyse le dosimètre ramène ensuite le résultat en becquerels par mètre cube, moyenne représentative de l'année plutôt que d'une soirée venteuse.

Les appareils de courte durée — charbon actif ou électret, posés de deux à sept jours — servent au dépistage, pas au verdict : la concentration bouge au fil des jours et de la météo, et une semaine douce sous-estime souvent l'hiver. On choisit un dispositif certifié, déposé au niveau le plus bas occupé au moins quatre heures par jour, entre un demi-mètre et deux mètres du plancher, à l'écart des fenêtres, des bouches de ventilation et des murs extérieurs. Le résultat reflète alors la pièce réellement habitée.

Lire son résultat : les seuils et les délais

Un becquerel équivaut à une désintégration radioactive par seconde, et la ligne directrice de 200 Bq/m³ trace la frontière entre surveiller et agir. Sous cette valeur, la maison se suit au rythme normal ; entre 200 et 600, Santé Canada recommande des correctifs dans les deux années qui suivent ; au-delà de 600, le délai tombe à un an. Ces échéances ne relèvent pas de la panique — le radon ne s'accumule pas dans l'organisme — mais d'une exposition qui se corrige avant d'additionner les années.

Un résultat se périme plus vite qu'on ne croit : chaque chantier qui ouvre le sous-sol — coupe d'une dalle pour un bain, ajout d'un échangeur d'air, excavation pour un vide sanitaire — modifie le chemin que suit le gaz. On remesure après ces travaux, et sinon à intervalles de quelques années, toujours sur un plein trimestre de chauffage. Une lecture d'automne et une lecture de printemps du même dosimètre couvrent ensemble la saison où la concentration grimpe et celle où elle retombe.

Acheter une maison : mesurer avant de lever les conditions

Une promesse d'achat ne laisse pas le loisir d'attendre 91 jours : la clause d'inspection s'exerce sur quelques jours ouvrables. Le dépistage court prend ici tout son sens — un détecteur posé 48 heures lors des visites répétées ne livrera pas une moyenne annuelle, mais une lecture hivernale à plusieurs fois la ligne directrice ne retombera pas sous 200 avec l'été. Certains vendeurs possèdent d'ailleurs des résultats antérieurs ; les demander, et les dater, fait partie de la diligence raisonnable.

L'installation suit une autre logique : le premier hiver chez soi, le dosimètre part pour trois mois au niveau le plus bas réellement habité, puis le résultat décide. Si la moyenne dépasse la ligne directrice, la mitigation du radon — depressurisation du sol, pompes et scellement — ramène la plupart des maisons sous la barre, et une remesure en confirme l'effet. Le dossier se referme sur un chiffre daté, celui que le prochain acheteur réclamera à son tour au moment de signer.

L'inspection qui va avec cet article